O.C.J.B.
ORGANE DE CONSULTATION ENTRE CHRETIENS ET JUIFS EN BELGIQUE
Relations socio-culturelles et interconfessionnelles - Socioculturele en interconfessionele betrekkingen
OVERLEGORGAAN VAN CHRISTENEN EN JODEN IN BELGIE

 


Des jalons historiques et des pierres angulaires
dans le dialogue entre Juifs et chrétiens


Sur l’initiative du père Th. BARNAS, membre de l’O.C.J.B. (membre de l’I.C.C.J. pour la Belgique) et avec son soutien (e.a.), le groupe Juifs et Chrétiens, engageons-nous ! a organisé, ce 1er décembre 2016, son sixième colloque annuel dans la Grande Synagogue de l’Europe à Bruxelles. Plus de 200 personnes se sont réunies autour des trois récentes Déclarations, l’une, venant de la Commission pour les relations religieuses avec les Juifs et intitulée Les dons et l'appel de Dieu sont irrévocables (Rm 11,29) - Une réflexion sur les questions théologiques relatives aux relations judéo-catholiques à l'occasion du 50e anniversaire de Nostra Aetate (n ° 4) (10 décembre 2015), et les deux autres venant des mouvements juifs : la Déclaration française pour le Jubilé de fraternité à venir - Une nouvelle vision juive des relations judéo-chrétiennes (23 Novembre 2015), et la déclaration des rabbins orthodoxes sur le christianisme - To do the Will of Our Father in Heaven: Toward a Partnership between Jews and Christians (December 2015).

Le Grand Rabbin de Bruxelles, Mr A. GUIGUI a développé quelques caractéristiques du dialogue et souligné son importance pour la construction d’une société pluraliste. La non-communication mène au meurtre, comme le récit de Caïn et d’Abel (Gn 4,8) le manifeste, selon une interprétation juive.


Rappelant les réalisations de l’Eglise catholique depuis Nostra Aetate (1965), le cardinal Jozef De KESEL a épinglé de la Déclaration du Vatican des passages significatifs et pertinents susceptibles de nourrir et d’encourager le dialogue entre Juifs et chrétiens. Les deux partenaires partagent les mêmes racines historiques et les mêmes Écritures (aussi les prières et la liturgie) (pts 7.11.32-34.44 aussi 27). Pour les chrétiens, elles reçoivent en Jésus-Christ une dynamique de continuité, de discontinuité, de transcendance (point 14) et leur accomplissement (pts 23.27.32).

 

Mais, aujourd’hui encore, Juifs et chrétiens partagent une même attitude spirituelle en ce qu’ils attendent la venue ou la seconde venue du Messie. Puisque les deux sont des enfants d’Abraham (pts 21.32.33) et que les Juifs sont nos "frères aînés" (le pape Jean-Paul II), nos "pères dans la foi " (le pape Benoît XVI) (pt 14), le dialogue entre Juifs et chrétiens possède des caractéristiques spécifiques qui le distinguent de celui avec les autres religions : « … on peut cependant parler d'une sorte de dialogue ‘intra-religieux’ ou de dialogue ‘intra-familial’ sui generis …

 

La religion juive n’est pas ‘extrinsèque’ pour nous, mais d'une certaine manière est ‘intrinsèque’ à notre propre religion» (pt 20). L’interprétation de nos communes Écritures révèle à la fois leur complémentarité et des différences irréductibles (pt 13.31). Ainsi, le discernement peut contribuer à la découverte de l’autre comme « le visage d’un frère », à la naissance de l’altérité, d’une vraie relation « je - tu » (M. BUBER, E. LEVINAS), comme le fruit d’un long travail psychique et spirituel qui inclut le dialogue, la relation et la présence. Le Talmud parle du passage des ténèbres à l’aurore.


Depuis l’affirmation que la théorie de la substitution est privée de fondement (pts 17.23) et que l’Église catholique ne conduit et ne promeut aucune action missionnaire institutionnelle spécifique en direction des Juifs (pt 40), peut-être, l’aurore d’une altérité, d’une histoire nouvelle est en train de poindre.
 

Puisque « les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables » (Rm 11, 29) (pt 36), que l’alliance avec le peuple d’Israël n’a jamais été abrogée ni révoquée (cf. Rm 9, 4 ; 11, 29) (pt 34) et que l’Église ne remplace pas le peuple d’Israël (pt 23), « comment formuler théologiquement la relation entre Israël et le Verus Israel, ainsi que la pleine communion avec l’Église catholique ? » s’interroge Th. GERGELY, professeur et directeur de l’Institut d’Études du Judaïsme à Bruxelles, modérateur de cette rencontre.
 

Puisqu’ « au cours des dernières décennies, le dialogue ad extra et celui ad intra a contribué à une prise de conscience de plus en plus claire de l’interdépendance irrévocable des deux partenaires, le dialogue n’est pas seulement un choix, mais un devoir, en particulier au niveau théologique. Juifs et chrétiens peuvent s’enrichir dans l'amitié mutuelle » (pt 13). En effet, « textes et documents, aussi importants qu'ils soient, ne peuvent remplacer les rencontres personnelles et des dialogues en face-à-face » (pt 8).


À la veille du 500e anniversaire de la Réforme de Martin LUTHER (1517-2017), le président de l’Église Protestante Unie de Belgique (E.P.U.B./V.P.K.B.), le Pasteur Steven H. FUITE a transmis à Mr Ph. MARKIEWICZ, président du Consistoire Central Israélite de Belgique, le texte par lequel les protestants rejettent formellement les expressions anti-juives de LUTHER (lettre ci-jointe), comme nous les trouvons dans son ouvrage Von den Juden und ihren Lügen (Des Juifs et de leurs Mensonges (1543)). Toutefois, le lien de causalité entre les expressions de LUTHER et les formes d’antisémitisme nées dans les milieux protestants n’est pas établi scientifiquement.


La conscience purifiée et renouvelée est sans doute un jalon historique dans les relations entre Juifs et protestants, et une pierre angulaire pour le dialogue futur ouvrant les portes à une collaboration réciproque plus profonde et à l’amitié. Le point culminant d’une belle soirée !


Mme Lutgarde VERBOUWE (secrétaire O.C.J.B.)
Bruxelles, 10 décembre 2016