La circoncision: signe d'Alliance

 

Par Albert GUIGUI

Grand Rabbin de Bruxelles

Représentant permanent de la  Conférence des Rabbins européens auprès des Institutions européennes.

 

 

La circoncision est un acte religieux. Elle est – pourrait-on dire – l’acte le plus caractéristique du judaïsme.  La cérémonie peut avoir lieu le Chabbath, les jours de fêtes ou même à Yom Kippour. Cependant, quand la circoncision présente un certain danger, il est interdit de faire courir à l’enfant un risque quelconque et l’on attend aussi longtemps qu’il le faut.

 

La circoncision est un acte religieux. Rabbi dit : « Si grand est le commandement de la circoncision, qu’il équivaut à tous les commandements de la Torah[1]. »

 

La circoncision est un acte chirurgical qui consiste à couper l’excroissance (prépuce) qui recouvre l’extrémité de la verge et à retrousser ensuite la peau, en dessous de la coupure, afin de laisser à découvert l’extrémité de ce membre. La médecine admet presque unanimement que le prépuce ne joue aucun rôle physiologique utile. Par contre, il peut causer des infections qui exigent d’en faire l’ablation à ceux qui les ont contractées. Bien que l’on attribue à la circoncision des propriétés sanitaires réelles, celles-ci n’occupent, dans la conscience juive, qu’une place très secondaire et le précepte divin dépasse la portée hygiénique de l’acte.

 

La tradition juive a fixé que c'était au cours de la cérémonie de la Brith-Mila que le père donnait le nom hébraïque à son fils. Cet usage remonte à l'époque biblique. En fait, c'est au moment où Abraham a fait sa Brith-Mila que Dieu lui a donné son nom définitif.  «Tu ne t'appelleras plus Abram, mais Abraham[2]. »

 

Sur le plan religieux, la Brith Mila revêt un caractère central dans la culture, la religion et l’identité  juives, dont elle constitue l'un des principaux marqueurs. La mise en cause de la liberté de faire circoncire leurs garçons par les familles juives est une remise en question de leur identité la plus intime, la plus mémorielle, alors même que s’éteignent peu à peu les regards qui ont vu la Shoah.

 

Et aujourd'hui?

 

La circoncision est remise en cause dans certains pays occidentaux. Un tribunal allemand a condamné à la fin du mois de juin 2012 un médecin et des parents musulmans pour la circoncision de leur enfant, estimant que la circoncision était une mutilation comparable à l'excision chez la petite fille.

 

En octobre 2013, l'Assemblée parlementaire des organisations inter-gouvernementales pan-européennes a voté une résolution désignant, sans distinction, |a circoncision masculine et les mutilations génitales féminines comme « une violation de l'intégrité  physique des enfants ».

 

La prévalence de la circoncision  en Europe est d'aujourd'hui moins de 20 % des enfants, tandis que l'organisation Mondiale de la Santé (OMS), dans son rapport de 2007, estimait à environ 30 % des enfants mâles, soit environ 665 millions d'hommes qui étaient circoncis dans le monde. Les principaux pays où l'on trouve des hommes circoncis sont les Etats-Unis, le Canada, les pays du Moyen-Orient et d'Asie et d’Afrique. La circoncision reste plus ou moins pratiquée de façon routinière aux Etats-Unis.

 

En août 2012, la prestigieuse American Academy of pediatrics (AAP) a formé un groupe de travail multidisciplinaire avec les meilleurs spécialistes de la circoncision qui a rédigé une déclaration selon laquelle les bénéfices de la circoncision néonatale étaient supérieurs aux risques[3]. Elle a notamment édicté huit arguments en faveur de la circoncision néonatale qu’il est important de rappeler:

 

- La circoncision assure une protection contre certaines infections sexuellement transmissibles (IST) comme la syphilis, l’herpès génital, le chancre mou, le trichomonas et les infections à Human Papilloma Virus (HPV) ;

- La circoncision prévient la survenue de cancers du pénis et du gland;

- Le risque de cancer du col utérin chez les femmes dont le partenaire est circoncis diminue;

- La circoncision assure une protection contre le SIDA en permettant de réduire de 60 % à70 % la transmission hétérosexuelle du VIH;

- La circoncision limite les infections urinaires infantiles graves, car les garçons non circoncis ont environ 10 fois plus de risques de contracter une infection urinaire que ceux qui le sont ;

- La circoncision ne gâche pas le plaisir sexuel aussi bien chez  l‘homme que chez la femme;

- La circoncision n'est pas traumatisante pour les nouveau-nés qui disposent de capacités pour supporter le stress et pour assurer une cicatrisation rapide;

- Les complications sont exceptionnelles (moins de 0,5 %) et le plus souvent mineures entre les mains d'un Mohel[4] expérimenté.

- Sur le plan hygiénique, le pénis est ainsi plus facile à nettoyer, empêchant l’inflammation du gland.

 

Il n'est donc pas possible de comparer la circoncision à l’excision clitoridienne dont les bénéfices sanitaires sont nuls face aux risques hémorragiques, infectieux mais surtout sexuels. Cette mutilation, car c’en est une, limite en effet, pour sa vie entière, le plaisir sexuel de la petite fille qui en est l’objet.

 

Enfin, il  faut tenir compte de la dimension familiale. A-t-on-le droit de décider de circoncire, ses enfants à leur place ? Certains reprochent le fait que l’enfant n’est pas en âge de décider pour lui-même. Mais en réalité, cet argument est sans valeur.

 

En effet, la Brith-Mila est l’un des commandements bibliques les plus respectés au sein de la communauté juive. Laïcs et religieux, pratiquants et non pratiquants, tous,  presque sans exception, circoncisent leurs garçons à la naissance. À l’instar de leurs  parents qui les avaient circoncis, à leur tour, ils agissent de même  vis-à-vis de leur fils qui vient de naître. En procédant ainsi, ils confirment  le choix opéré par leurs parents quand il s’était agi d’eux-mêmes.

 

La circoncision du fils n’est rien d’autre que l’approbation rétroactive du geste posé par le père à son égard. Par ce geste, il confirme le choix fait par ses parents et corrobore l’acte posé sur lui alors qu’il n’avait que huit jours.

La circoncision est un des rares commandements qui est pratiqué  par presque tous les membres de la Communauté juive dans le monde, qu’ils soient pratiquants ou non,  religieux ou laïcs. Aussi, l’interdiction de la circoncision dans un pays signifie de facto que ce pays déclare publiquement qu’il ne souhaite plus de communauté juive sur son territoire étant donné que les jeunes couples ne peuvent plus exercer la circoncision dans ce pays.

Par ailleurs il est important de rappeler que la Conférence des Rabbins européens a constitué une association européenne de circonciseurs  (UME). Pour être membre  de cette association, il faut avoir subi  un examen de compétence médicale et présenter des qualités physiques et morales excellentes.

 

 

 

 

 

 

 

                                                                             

 

 

 

 

 

[1] Nedarim 31b.

[2] Gn. XVII, 5.

[3] http://www.aap.org/en-us/about-the-aap/aap-press-room/pages/Newborn-Male-Circumcision.aspx

 

 

[4] Personne apte, selon la tradition juive, à pratiquer la circoncision.