Journée Internationale de la Commémoration de la Shoah au Parlement européen

 

24 janvier 2018

 

                                                                                              Par Albert GUIGUI

Grand Rabbin de Bruxelles.        

Représentant Permanent de la Conférence

des Rabbins européens auprès de l’UE

Au nom de la Conférence des Rabbins européens, je voudrais sincèrement remercier Monsieur le Président Tajani pour  l’envergure institutionnelle qu’il a donnée à  cette cérémonie et pour l’amitié qu’il nous a toujours témoignée.

 

Le souvenir de sa visite à la Grande Synagogue de l’Europe et ses paroles si chaleureuses restent encore vivaces  dans toutes les mémoires.

 

J’adresse  mes remerciements les plus chaleureux à Madame Mc Guinness, 1ere Vice-Présidente du Parlement européen pour l’excellent travail qu’elle fait  dans le cadre du dialogue inter-religieux.

 

Merci enfin au personnel du Parlement européen qui contribue de façon merveilleuse à l’organisation de cet événement.

 

Mes chers frères, mes chères sœurs !

Pourquoi célébrons-nous un anniversaire ? Pourquoi faut-il mobiliser le monde entier pour se souvenir de la Shoah ?

 

A cette question posée par d’aucuns, il faut dire et répéter : nous devons avoir des points de repère. Nous devons arrêter le temps et marquer certaines étapes de notre existence. Il est important de nourrir le souvenir.

 

Des camps de concentration, s’élève depuis toujours un puissant appel à la vigilance et à l’union. Les victimes entassées  dans les chambres à gaz à qui il restait quelques minutes de vie quand les portes se fermaient, trouvaient le temps et la force de graver sur les murs de ces lieux, avec leurs ongles écorchés : «  N’oubliez-pas ».

 

La voix d'Auschwitz commande de préserver ce passé, car la mémoire s'émousse et les falsificateurs se réveillent. Ce passé doit nous harceler mais aussi nous orienter. Contrairement à la femme de Loth,  ne pas nous retourner vers le passé, c’est risquer de devenir statue de sel. En faisant vivre ce passé, on marche vers l'avenir.

 

Aussi, il est important aujourd’hui de préserver plus que jamais la spécificité de la Shoah. Tous les génocides ne se ressemblent pas. Tous les crimes ne se valent pas, et tout massacre n’est pas génocide. L’Europe commettrait une erreur fatale si elle ne retenait des crimes nazis qu’un épisode de caractère exceptionnel coupé de toute compréhension historique.

 

Il est impératif que l’événement de la Shoah puisse avoir une juste place dans la conscience historique européenne et reste unique en son genre.

C’est pourquoi, la meilleure façon de rappeler la Shoah et de  cultiver le souvenir est de transmettre et d’éduquer. A présent, la génération des rescapés s’amenuise. Les maîtres d’écoles  primaires et secondaires, pour la plupart, n’ont pas connu la guerre.

 

La déportation est entrée dans l’histoire.

La banalisation de l’horreur est dangereuse. Elle encourage les négationnistes. Enseigner la Shoah, consiste avant tout à apprendre à nos enfants à résister au racisme et à l’intolérance. Enseigner la Shoah,  c’est leur apprendre à survivre.

 

Pour cela, aujourd’hui plus que jamais, nous devrons transmettre aux générations futures, le socle des valeurs fondatrices de l’Europe, à commencer par une exigence approfondie de la démocratie et du respect de la personne humaine.

 

Comment ne pas être préoccupé par les nouvelles formes de racisme et d’antisémitisme qui  resurgissent en Europe ? Nous devons faire nôtre, aujourd’hui plus que jamais, ce célèbre passage de la Haggada, ce petit livre que nous lisons lors de la Pâque. « A chaque génération, l'homme doit se considérer comme étant lui-même sorti d'Egypte. »

 

L’auteur de la Haggada utilise le mot " Adam " (l'homme universel) pour signifier que chaque individu quelle que soit sa foi ou sa religion doit se considérer comme s'il était sorti lui-même d'Egypte.

 

La lutte contre l'esclavage, la libération de tous les jougs, la lutte contre toute forme de discrimination doivent être des valeurs partagées par l'humanité toute entière.

 

La loi juive ne fait pas de distinction entre les nationaux et les étrangers. Elle étend sa sollicitude à tous ceux qui ont besoin d'être protégés et, parmi ceux-ci, elle fait une place à part, une place d'honneur, pourrait-on dire, aux étrangers.

 

Je voudrais, m’adresser à vous tous, qui êtes dans cette salle, pour vous demander de faire échec à tout ce qui pourrait conduire à  la haine et à la violence, à tout ce qui pourrait conduire inéluctablement à la barbarie.

 

Quant à vous, les jeunes, qui êtes dans cette salle, j’aimerais vous dire : n’oubliez pas le passé. C’est à vous désormais qu’appartient de faire l’Europe, une Europe des libertés, une Europe messagère de paix et de respect de la dignité humaine.

 

Je crois en l’espérance.

Je crois en l’avenir. Comme je crois au pouvoir irrésistible de la mémoire.

 

C’est Elie Wiesel qui disait : « Sans mémoire, notre existence serait stérile et opaque, comme une cellule de prison où ne pénètre aucune lumière, comme une tombe qui repousse la vie … l'espérance sans mémoire est une mémoire sans espérance.»

 

Commémorer, c’est agir.

 

Commémorer, c'est croire au matin,  croire en ce matin-là qui je l’espère sera un matin plein de joie et de bonheur pour chaque être humain qui vit sur cette terre.