Naissance d’une synagogue

 

THOMAS GERGELY

Assistant à l`Université Libre de Bruxelles

 

Il arrive enfin, ce jour d’espoir et d’allégresse, ce jour qu’appelaient tant de justes vœux. Réjouis-toi, Ô Bruxelles! Un nouvel édifice, consacré au Saint Israël, augmente le nombre de tes monuments. Il est plus grand, plus beau que celui qui ornait jadis ton sein, et que tu vis périr dans un siècle de ténèbres

 

C’est en ces termes, empreints de ferveur, que le Grand Rabbin Carmoly célébrait, en 1834, l'inauguration de la synagogue de la rue de Bavière 2 à Bruxelles. Pourtant, moins de quarante-cinq ans plus tard, un de ses successeurs, Aristide Elie Astruc dédicaçait déjà, rue de la Régence, la nouvelle

Grande Synagogue de la capitale dont l`édification s’était rapidement avérée nécessaire en raison de l’accroissement de la population juive de la ville.

 

Conçue vers 1850, l’idée mit, au total, presque trente ans à trouver sa réalisation, tant les constructeurs rencontrèrent d’obstacles avant de pouvoir, enfin, fouler la voie royale, celle qui devait mener aux portes du Temple. Aussi comme leur cheminement, remarquable de ténacité, méritait d’être restitué, c’est à son évocation que sont consacrées les pages qui suivent.

 

En 1869, la direction spirituelle du Judaïsme belge était confiée au Grand Rabbin Aristide Elie Astruc.

Originaire de Bordeaux, il s’était distingué par des écrits destinés à mieux faire comprendre le judaïsme aux non-juifs. Connu pour son libéralisme, particulièrement en matière doctrinale, on retient de lui une Histoire abrégée des Juifs et de leurs croyances (1869), de nombreux sermons, sa participation à la fondation de l’Alliance Israelite Universelle et, bien sûr, à l’édification de la Grande Synagogue de Bruxelles.

 

Cette synagogue, la communauté juive bruxelloise, à l’étroit dans le petit édifice transformé de la rue de Bavière, autrefois dite «Salle des Beaux-Arts››, la souhaitait ardemment. Pour des raisons de commodité, certes, mais encore afin que les quelque 2 000 fidèles de la capitale fussent dotés d`un lieu de prière digne du judaïsme.

 

Un projet simple dans son principe mais qui allait pourtant, dès l'abord, rencontrer des oppositions plutôt imprévues. Car si la Constitution de 1831 garantissait bien en son article 14 la «liberté des cultes, celle de leur exercice public, ainsi que la liberté de manifester ses opinions en toute matière» et à l’article 117 que «les traitements et pensions des Ministres des cultes sont à la charge de l’Etat», dans la pratique, la possibilité d’exercer pleinement ces droits n’était pas si évidente, du moins pour les Juifs.

 

En effet, quoique représentés par un Consistoire depuis le 11 mai 1831, dès cette date, ils devaient découvrir qu’en votant le budget de l’lntérieur, dont dépendaient les Cultes, le Congrès National avait tout simplement oublié de prévoir l’allocation des ministres du culte israélite. Prié de s'expliquer, le gouvernement reconnut l'omission et promit d’y porter remède. Mais du même coup, se virent posées deux questions fondamentales : celle du statut légal du culte israélite et celle, non moins importante, notamment dans la perspective de la présente commémoration, de sa personnalité civile.

 

Excipant alors de la reconnaissance du culte israélite par les deux régimes antérieurs, à savoir le français et le hollandais, le Consistoire demanda que le bénéfice des avantages prévus par l’article 117 de la Constitution fût étendu à la communauté juive, c’est-à-dire que l’on mît la religion hébraïque

sur un pied d’égalité avec les autres. Le gouvernement ayant fait droit à la requête par les arrêtés royaux des 20 mai 1833 et 29 janvier 1834, ce dernier prévoyant, entre autres, des subsides pour l’entretien de synagogues, le Consistoire considérai- quoi de plus normal puisqu’il jouissait de la capacité civile. Impression confirmée par l’autorisation facilement obtenue, dès 1833, d’acheter la salle de la rue de Bavière, même si, vu la situation précaire des finances publiques de l’époque, l’Etat refusa d’abord d’accorder des subsides à cette fin (arrêté royal du 19 juin 1833) pour, heureusement, revenir sur sa décision le 17 novembre de la même année et allouer une somme de 4 O00 florins

 

Et trente années durant, l'atmosphère présidant aux relations entre l'Etat et la Synagogue fut remarquable d’aménité. Jusqu’au jour où, vers 1860, le ton changea. Car empêtré dans la question générale du temporel du culte, le gouvernement montra brusquement des réticences à accorder indistinctement à toute religion pratiquée dans le royaume, fût-elle une des quatre reconnues, des privilèges identiques. Aussi le 7 mars 1863, les Juifs eurent-ils le déplaisir d’entendre Jean-Baptiste Tesch, Ministre de la Justice, déclarer à la Chambre: «La personnification civile, l’étendue des droits qui en résultent, ne sont jamais la conséquence de la proclamation d’un principe, de la proclamation d’une liberté... ». Ainsi, je prétends que le culte israélite n’a pas la personnification civile en Belgique, et qu’il est complètement impossible de fonder en faveur de ce culte. En pratique, cela signifiait dans l’esprit du Ministre que malgré la dotation officielle dont il jouissait, le Consistoire, considéré comme une simple association privée, n’avait ni le droit d’acquérir, ni celui de posséder, ni même, en fait, celui de prendre en location !

Des voix s'élevèrent naturellement pour dénoncer l’incohérence de cette interprétation. Entre autres, celle du député catholique Alphonse Nothomb qui estimait, au contraire, que «décréter qu'il y aura des synagogues, ordonner qu’il y aura des consistoires, c’est dire qu’il y a là un corps moral qui doit être investi de tous les caractères de la personne civile.››

Cependant la controverse se prolongea tellement que, six ans plus tard, le Conseil communal de Bruxelles devait encore souligner dans une lettre au gouverneur du Brabant combien il était contradictoire de fixer des conditions légales à l’établissement de synagogues et «mettre le culte juif dans l’impossibilité d’avoir des synagogues», faute de lui concéder le droit de posséder des immeubles.

 

Arguments que, le 14 septembre 1869, le nouveau Ministre de la Justice Jules Bara écartera en écrivant au gouverneur de la province que, conformément à l’avis de son prédécesseur Tesch, il estimait aussi que le droit accordé aux lsraélites de se réunir pour exercer leur culte n’entrainait pas celui de posséder un lieu affecté à l’exercice de ce culte. «Cette proposition est tellement vraie, remarquera-t-il, que tous les autres cultes peuvent être professés en Belgique et, néanmoins, il n'y a que ceux qui sont spécialement autorisés qui peuvent avoir des dotations…Je crois qu’il n'est pas permis de fonder au profit du culte israélite, car l'Empereur Napoléon n'a pas voulu donner à ce culte les mêmes privilèges qu’aux cultes catholique et protestant. »

 

Les Juifs auront ainsi à patienter jusqu'à la promulgation de la loi du 4 mars 1870 pour que le Parlement, donnant enfin suite au vœu émis dès 1861 par Léopold I, cède à la pression des milieux libéraux et se résigne à supprimer les disparités de traitement dont les cultes minoritaires faisaient l’objet, notamment en accordant au Consistoire cette capacité civile tout à fait indispensable à l’essor de la communauté juive. L’arrêté royal d’application de la loi paraîtra le 23 févier 1871 et, à partir de cette date, les représentants du culte israélite pourront acheter et posséder au même titre que ceux des autres confessions reconnues.

 

Mais Aristide Elie Astruc n`avait pas attendu l’adoption de la loi l’autorisant à acquérir. Dès le 28 avril 1869, il participait à une commission composée, outre lui-même, de MM. Lassen, J. Oppenheimer, J. Wiener, G. Prins, J.R. Bischoffsheim, ainsi que G. Errera et L. Wiener (auxquels s’ajouteront plus tard MM. Frank, Sulzberger, M. Montefiore-Lévi), chargée d’étudier les modalités d'édification d'une nouvelle synagogue et de désigner les membres du jury appelé à juger les plans qui parviendraient au Consistoire.

 

Une quinzaine de projets furent soumis à l’approbation de ce jury, lequel au terme de plusieurs triages successifs et de sérieux affrontements, n’en retint que trois, bien qu’aucun d’eux ne répondit aux conditions artistiques, financières et de destination primitivement fixées. En conséquence, le prix car en fait, il y avait concours _ au lieu d’être décerné à un seul fut partagé en trois primes, dont la première récompensa le travail de l’architecte bruxellois D. De Keyser, constructeur de maints édifices importants dans le centre de la ville. Et c’est à lui que, finalement, la communauté passa commande, moyennant un certain nombre de modifications à apporter aux plans initiaux.

 

L'édifice serait, comme le notera plus tard le quotidien l’Etoile belge « d’un aspect simple, sévère et à la fois grandiose… en…beau et pur roman dont les éléments décoratifs dérivent des monuments érigés dans la Syrie centrale, du premier au septième siècle. Les principes décoratifs de ces monuments présentent, on le sait, des analogies frappantes avec ceux des monuments que l’on trouve en Palestine et sur l’antique sol de la Judée.»

 

Voilà qui était beau et bien. Restait pourtant au Consistoire à trouver les moyens de sa politique, en l’occurrence un terrain approprié et des fonds. Parmi les méthodes habituelles mises en œuvre, on songea d’abord à une souscription. Mais les souscripteurs sont, on le sait, gens impatients. Aussi, question de les rassurer, le Consistoire décida-t-il dans un premier temps d’acheter un immeuble situé 65, rue du Marais. Un emplacement qui, par son exiguïté et son relatif éloignement du centre de la ville, se révéla bientôt inadéquat. Dès lors, les responsables songèrent à vendre le bâtiment. D’abord à la Ville de Bruxelles, puis à l’Administration des Secours et Hospices de la ville qui acceptait de l'acquérir au prix de 135 000 francs. Le Consistoire envisagea alors d’autres lieux possibles, dont la place Rouppe ou la place de Brouckère, près des Augustins, solutions abandonnées l’une après l’autre à cause du prix très élevé des lotissements. C’est ainsi que naquit, en mars 1872, l’idée d'obtenir un emplacement quelque part dans la rue de la Régence, la nouvelle artère de Bruxelles qui promettait de devenir « la rue la plus monumentale de la capitale... avec... le palais de Justice, l'église Notre-Dame des Sablons, le palais des Beaux-Arts, le Conservatoire, l'église protestante et la synagogue.» Paradoxalement, alors que les autorités de Bruxelles voyaient le projet d’un œil plutôt favorable, les membres du Consistoire étaient, eux, divisés. Certains, soucieux des deniers des souscripteurs, craignaient en effet qu’en choisissant la rue de la Régence on ne s’enlisât dans des tractations sans fin, et souhaitaient une édification rapide, au 65, rue du Marais, même s’il fallait acheter la maison voisine afin de doter la synagogue d’une façade convenable. Le Consistoire, ébranlé par l’argument, se rallia durant quelques mois à cette solution. Puis il y renonça quand il s’aperçut qu’en construisant rue de la Régence, il partait, compte tenu des conditions de paiement très favorables offertes par la Ville, avec un boni de 146 000 fr. tandis que, rue du Marais, il aurait à entamer les travaux avec un déficit d'environ 47 000 fr.  Consulté, l'architecte de Keyser confirma les avantages de la seconde option qui parut, dès lors, d’autant plus souhaitable que le Conseil communal de Bruxelles annonçait un premier subside de 6 000 fr. «pour aider le Consistoire Israélite à faire les frais d’un nouveau temple.» Huit mois passèrent ensuite, et le 28 décembre 1872, le Consistoire adoptait enfin la résolution suivante qui constitue, en quelque sorte, l'acte de naissance de la Grande Synagogue de Bruxelles : «Le Consistoire, « Vu les délibérations  (par lesquelles) le Bureau du Consistoire a été autorisé à l’unanimité sauf une voix, à vendre à la Ville de Bruxelles l’immeuble no 65 de la rue du Marais au prix (définitif) de fr. 145 000 et d’acquérir  les terrains formant les sept lots n’20 a 26 de la rue de la Régence prolongée... «Considérant qu’il est de l’intérêt de nos coreligionnaires de mettre le plus tôt possible à leur disposition un temple suffisamment spacieux pour que tous les fidèles puissent y venir faire leurs dévotions aux jours des grandes fêtes religieuses, sans avoir à redouter les inconvénients, sous le rapport hygiénique, qui résultent ordinairement des grandes réunions dans un espace trop restreint; «Considérant en outre qu‘il est urgent de doter la capitale de la Belgique d’une Synagogue en rapport avec les embellissements de la ville et le développement qu’elle a pris pendant les dernières années; «Considérant qu’un premier subside de fr. 10 000 figure déjà au budget des dépenses extraordinaires de la Ville de Bruxelles pour l’année 1873 en faveur de l’édification d’une nouvelle Synagogue;

«Décide :

«Le Consistoire agissant au nom et pour le compte de la Communauté de Bruxelles, se portera adjudicataire des sept lots n’20 à 26 des terrains de la rue de la Régence prolongée, aux prix stipulés par la ville››...Ce prix s’élèvera, en définitive, à 302 000 fr., acquittés par annuités de 13 O00 fr., avec obligation faite au Consistoire de mettre sous toit dans un délai maximum de six ans. L’architecte, de son côté, n’avait pas perdu son temps, et en novembre 1872, il soumettait au Grand Rabbin Astruc de nouveaux plans, adaptés à la configuration du terrain choisi, ainsi qu’un devis évaluant les frais de construction à 364 800 fr., somme à laquelle venaient s’ajouter ses honoraires, estimés à 5 pour cent de ce prix. Après quelques aménagements, souhaités surtout par économie, comme la suppression des voûtes et des caves, le remplacement du dallage par un plancher, la réalisation de la coupole prévue entre les deux tourelles, en bois et fer au lieu de pierres, le Consistoire adopta l’ensemble du projet de De Keyser.

Le Conseil communal, pour sa part, inscrivit au cours de sa séance du 17 mars 1873 un avis favorable sur la résolution du Consistoire prise le 28 décembre 1872 et accorda un premier subside de 10 000 fr, étant donné «qu'il résulte des informations fournies par le Consistoire que les dépenses seront couvertes : 1) par le fonds spécial pour l’érection d'une nouvelle synagogue qui s'élève déjà au chiffre de 182 G00 fr, 2) par la valeur des constructions et du terrain de la synagogue actuelle; 3) par les excédents des recettes annuelles sur les dépenses; 4) par les subsides éventuels de l’Etat et de la Pro-

vince… ». Léopold Il lui-même s’intéressa à l’affaire, comme en témoigne l'intervention du vice-président du Consistoire J. Oppenheim qui rappela au cours d’une réunion «les paroles encourageantes prononcées par le Roi à la dernière réception du jour de l'an» et l’avantage qu’il y aurait «de soumettre à S.M. les plans définitifs quand ils seront arrêtés.» Ces plans définitifs prirent forme en mars 1874. Mais, à peine le Consistoire les avait-il approuvés que, par deux fois, en juillet, la Commission royale des Monuments émit, à leur sujet, un avis négatif. Et pour des raisons plutôt surprenantes si l’on songe que, loin de trouver l’édifice «exotique» ou incompatible avec les monuments environnants, la Commission fit entendre ses regrets parce que l’on avait «adopté le style roman  (qui est), écrit-elle, essentiellement chrétien.

La synagogue aura donc à l'extérieur comme à l’intérieur, tout le caractère d’une chapelle catholique et ne rappellera par aucun élément architectonique, ni même purement décoratif, ni l’origine orientale, ni la haute antiquité de la religion hébraïque, ni rien de ce qui nous reste de l'architecture

Israélite...» Et un peu plus tard: «L’observation que nous avons présentée se rapporte surtout aux détails architecturaux, aux éléments décoratifs qui, selon nous, doivent être empruntés plutôt à la flore orientale, aux motifs de l’ancienne architecture hébraïque qu‘aux pays du Nord et aux églises catholiques, ce qui, à tous égards, constituerait un non-sens. MM. Astruc et De Keyser, auxquels nous avons communiqué ces observations, s’y rallient en tous points et se sont engagés à y faire droit dans l'étude des détails du projet». Il est aujourd’hui difficile d'évaluer dans quelle mesure ces observations ont été suivies et quelles modifications le Consistoire a fait apporter aux plans primitifs en vue de les «hébraïser››. Peut-être a-t-il cru répondre au vœu de la Commission en supprimant la grande coupole qui, en 1877, figurait encore sur une gravure reproduisant, comme ornement d’une obligation, la façade de la future synagogue. Mais le reproche de la Commission royale des Monuments n’était pas vraiment fondé puisque c’était précisément pour éviter les confusions avec les églises que la commission de construction avait, lors du concours, d’emblée écarté le style gothique. Quant aux éléments décoratifs orientaux souhaités, ils étaient bien présents dans l’ornementation et le sont toujours.

De toute façon, avant même la notification de ces critiques, la commission pour l’édification de la synagogue avait approuvé le coût définitif de l’entreprise, soit 828 550,65 fr., comprenant le prix de la synagogue et de la maison consistoriale, fixé la participation immédiate de la communauté à 276 184,55 fr et chargé le Bureau de solliciter, pour les deux tiers restants le concours financier de l’Etat, de la Province du Brabant et de la Ville de Bruxelles.

La principale intervention financière, 100 000 fr., octroyée par l’Etat, arriva au mois de mars 1875, en même temps que l’autorisation de bâtir et, le 18 avril, les travaux débutaient sous la direction de l’ingénieur Montefiore- Lévi, sénateur et membre du Consistoire. La construction même prit un peu moins de trois ans, au bout desquels, en 1877, le Consistoire lança un emprunt de 70 000 fr. qui connut de nombreux souscripteurs et permit de payer les vitraux exécutés, d'après les instructions du Grand Rabbin Astruc, par le brugeois Henri Dobbelaere, d'acheter l’orgue qui ne coûta pas moins de 18 500 fr., le rideau blanc en soie de l’Aron, pour 1 900 fr., le «Candélabre monumental à 8 cierges » comme dit la facture, réalisé pour 1 600 fr. par la «Compagnie anonyme pour la fabrication du Bronze » », ainsi qu’une partie de l’ameublement, la nef seule ayant été pourvue de bancs le jour de l'inauguration. Ce mobilier ainsi que le tabernacle furent réalisés par L. Demeuter fils.

Achevée au cours de l’été 1878, la synagogue sera inaugurée le vendredi 20 septembre de la même année, soit le 22 Eloul 5638. Deux sources permettent de reconstituer le déroulement de la cérémonie: d’une part, une brochure éditée l’année même par le Consistoire Central Israélite de Belgique, sous le titre Inauguration de la Synagogue de Bruxelles, et, de l’autre, les échos trouvés par l'événement dans la presse bruxelloise. Voici d’abord la synagogue, telle que la découvrit l'envoyé de l’Echo du Parlement: «La nouvelle synagogue est située rue de la Régence; l’aspect en est sévère et monumental. Elle est de style roman, les éléments décoratifs sont de style byzantin». La façade présente un grand motif central séparé par des contreforts de deux tourelles. L'entrée est formée par trois arcades surmontées d’une loggia que décorent, dans sa partie inférieure, cinq arcatures au-dessus desquelles vient une grande rosace entourée de panneaux. Ces panneaux portent les noms des douze tribus d'Israël.

La partie centrale de l’édifice est terminée par un pignon et couronnée par les «Tables de la Loi».

Les deux tourelles qui flanquent la façade sont terminées par un campanile et recouvertes d’un dôme.

Sous le péristyle, l'on trouve à droite et à gauche un escalier conduisant aux galeries. Ces galeries sont destinées aux dames, lesquelles assistent séparément aux cérémonies du culte.

Le temple est formé d’une grande nef de 25 m de hauteur et de deux bas-côtés qui supportent les galeries. Les galeries courent le long de trois côtés, le quatrième que l’on a devant soi, en entrant, termine la grande nef en hémicycle. Au fond de cet hémicycle, qui forme le sanctuaire, se trouve le tabernacle en bois sculpté auquel deux escaliers en pierre donnent accès: c’est là que sont renfermées les tables de la loi.

L’hémicycle est orné de peintures décoratives de pur style roman et surmonté d’une demi-calotte sphérique à fond d’or et portant des attributs du culte.

L’hémicycle est percé de cinq fenêtres garnies de fort beaux vitraux en mosaïque. Il est à désirer que les autres vitraux blancs du temple reçoivent plus tard la même décoration. Le sanctuaire est fermé par une rampe en chêne garnie d'ornements en fer forgé et doré et portant quatre magnifiques candélabres de bronze doré. Du haut de la demi-coupole du sanctuaire pend le Ner Tamid, la lampe perpétuelle. C’est un véritable objet d’art qui, avec les nombreux lustres romans en bronze garnissant le temple fait honneur à la Compagnie des bronzes. Devant la rampe se trouve l'Almemaer au milieu duquel vient le pupitre, les deux candélabres traditionnels à sept branches et, derrière, un grand chandelier symbolique portant huit branches en éventail. La nef et les bas-côtés sont garnis de stalles en chêne, les galeries de dames ont des stalles en gradin.

Aux deux côtés du grand chandelier se trouvent des stalles pour le consistoire.

Le parquet, croyons-nous, est une nouveauté à Bruxelles; il se compose de rectangles de chêne dur appliqués simplement sur une couche de bitume chaud placée sur un lit de béton. On emploie pour ce carrelage les parties dures du chêne qui ne peuvent servir pour la menuiserie.

Une autre innovation, c'est la place choisie pour l’orgue et les chœurs. Ils sont placés tout en haut du temple, au-dessus de la galerie qui fait face au tabernacle. Une chose à noter, c'est que le temple est complètement isolé; tout autour court une galerie vitrée qui le sépare des bâtiments voisins et même de la maison consistoriale, laquelle forme une annexe à droite de la synagogue.

La maison consistoriale renferme la salle de mariage où tout est roman, plafond, mobilier, etc., nous y remarquons une belle cheminée romane en granit.

Sur le même plan se trouvent l’oratoire, le cabinet du grand rabbin et le secrétariat; au-dessus, ce sont les appartements du grand rabbin. L'entrée de la maison consistoriale est dans la rue du Manège.

Cet édifice fait le plus grand honneur à M. l’architecte De Keyser qui en est l’auteur ».

Quant à l’échotier de l’lndépendance belge, plus prodigue en commentaires que son confrère, et légèrement pétri d’histoire, il observera que l’austère simplicité du temple de Bruxelles ne rappelait en rien les proportions et l’opulence des Temples de Salomon et de Hérode. Et d’ajouter, non sans une certaine ingénuité : «En quoi (celui de Bruxelles) est conforme à l’esprit religieux et au vieil esprit national d’Israël. Il n’a pas fait infraction non plus, comme l’avait fait Hérode, à la loi religieuse qui interdit de représenter et de consacrer des figures d’êtres vivants».

L’inauguration de la synagogue avait été précédée, la veille, d’une cérémonie de séparation de l’ancien sanctuaire. «Les israélites de Bruxelles s’y étaient réunis une dernière fois et, après les prières habituelles et un discours d’adieu prononcé par M. Astruc, grand Rabbin de Belgique, les livres de la

Loi avaient été emportés et placés provisoirement dans l’oratoire du nouveau temple» rapporte l`auteur de la brochure du Consistoire. La cérémonie d’inauguration débuta à trois heures de l'après-midi, en présence «des principaux israélites de Bruxelles (…) des autorités et d'écrivains étrangers au culte juif ». Il y avait là remplissant les premiers rangs réservés aux autorités, «MM.Hachez, directeur général des cultes, et M. Dugniolle, chef de la division des cultes au ministère de la justice; MM. Bellefroid, secrétaire général du ministère de l'intérieur, et Ronnberg, directeur général de l'agriculture et de l’industrie au même ministère; M. Wellens, président de la commission royale des monuments  plusieurs membres du conseil communal s’étaient également rendus à l ‘invitation que le Consistoire avait cru de son devoir d’adresser au premier corps électif de la capitale. Enfin, on remarquait aussi MM.les ministres protestants Rochedieu, président du synode des Eglises belges, Ducasse, Philipson, Moffat. (Et toujours parmi les notabilités)  MM. DeKeyser, architecte du temple; Gevaert, directeur du Conservatoire royal de musique; Martin Lazare, compositeur; L. Wiener, président du comité musical de l'inauguration ; Bernardi, directeur de l’Indépendance belge;  MM. les représentants de la presse bruxelloise et de la presse israélite étrangère. Les bancs du Consistoire et de l’administration étaient occupés par MM.J. Oppenheim, président ; Wiener, vice-président ; Cassel, Bauer, baron de Stein et Ch. Michel, membres du consistoire; MM. Mayer, Frank, P. Feidels et G. Prins, membres du comité d’édification du temple; MM. Erlanger, vice-président, Ellean, Léon Lambert, membres de l’administration ...››.

«Les messieurs en habits de cérémonie occupaient le bas, rapporte l’Echo de Bruxelles, les dames en brillantes toilettes garnissaient les galeries». Parmi elles, outre les épouses des autorités invitées, celle du grand rabbin, celles des membres du consistoire et des administrations de province, les présidentes de la Société de Secours efficaces, de la Société des Mères israélites, du Refuge des Vieillards et les épouses des fonctionnaires du culte. Le chœur était dirigé par Ed. Samuel, professeur au Conservatoire de Bruxelles.

«Après un introit d’orgue, écrit l’Echo de Bruxelles, le grand rabbin, trois rabbins et six ministres officiants font leur entrée précédés de deux huissiers. Tout le monde se lève. Arrivés devant l’Almemaer, ils se séparent en deux files, deux des rabbins vont occuper des fauteuils à gauche, le grand rabbin et un autre prennent place dans les fauteuils de droite. Les six ministres officiants se placent dans les stalles de l’Almemaer ».Il s’agit de MM. Astruc, Blumenstein, rabbin de Luxembourg; Frank, rabbin du district de Cologne; Jaulus, rabbin d’Aix-la-Chapelle; Moses, Vangelder, Hirsch, Goldstein, Levy et Oungre, respectivement ministres officiants de Bruxelles, Anvers, Liège, Namur et Arlon.

Toute l’assemblée, qui s’était levée, reste debout pendant le chant hébreu inaugural de Ma Tovou, musique de M. Naumbourg. Aux dernières mesures de ce morceau, MM. les rabbins se rendent à la porte de la grande nef pour recevoir les Sepharim (Livres de la Loi) … ». L’entrée solennelle des dix Sepharim eut alors lieu, le premier porté par M. J. Oppenheim, assisté du grand rabbin Astruc.

 

«La marche des livres de la Loi, précédés de deux huissiers et de quatre commissaires, commence au chant de Barouch Hahhah, par Levandowski, et continue avec un chœur sur le chant traditionnel de la Fête de la Loi, par M. J. Erlanger; les soli sont chantés par M. Félix Lévy, l’éminent amateur parisien, qui a bien voulu concourir à rehausser l’éclat de notre solennité. Après avoir parcouru trois fois la grande nef du temple, le cortège revenu à l’Almemaer se divise par moitié, gravit à droite et à gauche l’escalier du tabernacle ou les livres de la Loi sont déposés par MM. les rabbins.

Cette marche et ce chant traditionnel font sur l’assistance une visible et profonde impression. Un solo d’orgue succède, pendant lequel M. Jos. Oppenheim, président du Consistoire Central de Belgique, est conduit à l’arche sainte par deux huissiers et deux commissaires pour y allumer le magnifique Ner Tamid (lampe perpétuelle) et est reconduit à sa place avec le même cérémonial.

Après cet acte religieux qui, joint au placement des livres de la Loi dans le tabernacle, achève la consécration du nouvel édifice, est chantée la Kedouscha (sanctification), cantique français, paroles de M. Jos. Cohen, musique de M. Martin Lazare ». Un cantique français dont les soli étaient chantés par

Mme Bernardi et M. Levy, et débutant ainsi :

 

Chœur

«Aux mortels les anges s’unissent

Pour proclamer la gloire du Très-Haut,

Et de ces mots, la Terre et les Cieux retentissent

Kaddosch ! Kaddosch ' Kaddosch' Adonai' Tsébaoth !

 

Solo

Entendez-vous des divines phalanges

Les troupes résonner dans l'espace infini ?

Israël y répond par des chants de louanges,

Et dit : «Seigneur, que ton nom soit béni !»

 

Ce morceau achevé, le grand Rabbin Astruc, monté en chaire, prononça un long discours dont voici les passages essentiels:

 

« MES CHERS FRERES, MES CHERES SOEURS,

Nous sommes arrivés enfin au jour solennel où il nous est donné de consacrer un temple nouveau en l’honneur du judaïsme. ll y a déjà plus de douze ans qu'un premier appel a été adressé aux Israélites de Bruxelles. Pour y répondre, tous, administrateurs et fidèles, se sont mis à l’œuvre et ont fait de larges sacrifices; grâce au concours de l’Etat, de la Province et de notre grande Cité, grâce aussi à l’expérience et au talent d’artistes dévoués, le travail a été achevé, et, réunis aujourd’hui dans un édifice digne de nous et du pays, nous pouvons répéter notre vieille prière de reconnaissance et «bénir le Dieu qui nous a fait vivre dans un temps pareil, et qui nous a conduits à cette solennité» : Schéhecheyanou vehiguihanou lazeman hazeh ».

 

Et le grand Rabbin Astruc de rappeler alors la mémoire des collaborateurs de l’entreprise morts avant d’avoir pu en voir l’achèvement : les Lassen, Oppenheim, Schuster, Fix, Alex, Cassel, Van Praag ..., des hommes convaincus que :

«Les temples ne sont pas faits pour séparer les hommes, mais bien au contraire pour les relier à leur créateur et Père commun et surtout les rattacher étroitement les uns aux autres, abstraction faite de leurs dissidences dogmatiques. Aussi avons-nous éprouvé un bonheur profond quand nous avons vu des hommes de bonne volonté, étrangers à Israël, poussés eux-mêmes par cette généreuse pensée d'union, apporter à notre édifice leur concours bienveillant.

Cette pensée d'union entre les hommes, c’est le principe essentiel de la doctrine biblique. Dans tous nos sanctuaires, il n'y a qu’un seul livre, le Pentateuque, qui, lui-même, peut se résumer en un seul mot, devenu notre prière et notre profession de foi : Ecoute Israël, l’Eternel notre Dieu, l'Eternel est unique. Exposer cette idée fondamentale,  tel sera l’objet de notre entretien d’aujourd’hui ... ».

 

Suit un long historique du monothéisme faisant ressortir l’importance de la notion d’unité divine dans l’évolution de l’humanité. «Le Monothéisme, expliqua entre autres le Grand Rabbin, en éveillant la conscience morale dans l’individu, en instituant la justice dans la famille, devait, par une sainte logique, créer le patriotisme qui sacrifie les sentiments et tous les droits de l'homme à l’intérêt prétendu supérieur de la société  Ce patriotisme-là, c’était celui  qui partageait les hommes en castes ennemies et qui avait pour dogme la haine de l'étranger. Ce patriotisme faux et inique, ce n’est pas celui qui résulte de l'Unité de Dieu. Le patriotisme vrai, c’est un sentiment généreux et juste qui réunit, pour la défense commune, toutes les forces vives nourries par le sol national; c’est celui qu`inspire l’idée de l’Unité de Dieu  Ecoute, Israël, Dieu est un, cela veut dire : PEUPLE, IL N’Y A QU'UNE LOI ET QU’UN DROIT POUR L'INDIGENE ET POUR L’ETRANGER, TU AIMERAS L’ETRANGER COMME TOI MEME. Le monothéisme s'annonce donc comme un messager d’amour et d’équité et, comme Moïse qui avait proclamé : Ecoute, Israël, Dieu est un, les prophètes juifs disent comme lui, mais en s’adressant à l’humanité, «qu’il n’y a pour tous qu`un seul Dieu créateur, pour tous qu’un Père unique ».

 

Annoncer un seul Dieu créateur et un Père unique, c’était apprendre à tous que, malgré les diversités religieuses et politiques, il ne doit y avoir au-dessus de tous qu'une même loi, qu’un même droit, qu’une même justice, qu’un même amour... L'unité de Dieu amène le règne messianique : elle crée la solidarité des nations. DIEU EST LE ROI DE TOUTE LA TERRE; IL EST UN ET SON NOM EST UN.

 

Eh quoi ! Peut-on dire, le Monothéisme, en réalisant l'unité humaine, passera-t-il le niveau sur les peuples ? Effacera-t-il toutes les diversités de mœurs, d’idées, de races ? Fera-t-il disparaître toutes les religions ? Aura-t-il enfin pour conséquence nécessaire l’adoption d'une seule foi en dehors de laquelle il n’y aura ni vérité ni salut ? Non; jamais l’unité absolue de la religion n’a été un dogme monothéiste; jamais Moïse n’a voulu réunir tous les hommes dans un seul culte, ni imposer une croyance uniforme  Dieu ne repousse personne; la seule condition qu'il impose, c'est la pureté des mains et du cœur; sa maison peut servir à tous de maison de prière; parmi tous, il se choisit des pontifes. L’Unité de Dieu, c’est la liberté religieuse...

 

(Le) Dieu de la raison et de la justice ne refuse à personne les moyens de le connaître, et... LES JUSTES DE TOUTES LES NATIONS ONT PART AU BONHEUR ETERNEL.  Ecoute, Israël, l’Eternel, notre Dieu, l’Eternel est un : un pour tous, dans le présent comme dans l'avenir; un pour tous, ici-bas comme dans l’immortalité. SCHEMAH ISRAEL, ADONAI ELOHENOU ADONAI EHAD».

 

Et le Grand Rabbin de conclure sa prédication en prononçant la prière suivante : «O notre Dieu, ô notre Père, donne-nous l’intelligence et la force nécessaires pour comprendre et pour exécuter ton éternelle volonté ! Puissions-nous contribuer à réaliser cette grande pensée d`union qui est le Judaïsme,...  Puissions-nous élever et purifier nos consciences par l’amour désintéressé du bien, de la justice et du droit. Prions et travaillons pour la patrie ainsi que pour le Souverain et les autorités qui les représentent Que cette maison de prière qui s'ouvre pour nous aujourd’hui nous offre toujours ses sublimes enseignements !  Temple de l'Unité divine, qu’elle soit pour nous, pour la cité, pour le pays et pour l’humanité une permanente et féconde source de sacrifices et de bénédictions ! SCHFMAH ISRAEL ADONAI ELOHENOU ADONAI ECHAD». Quelque peu surpris de ce langage, le journaliste de l’lndépendance belge commentera ainsi, deux jours plus tard, les paroles de A.E. Astruc: «La prédication de M. le grand rabbin Astruc a été fort éloquente et tout en affirmant les grands principes de la Loi de Moise qui a initié le monde au monothéisme, elle a été respectueuse de tous les droits civils des Etats, tolérante pour tous les hommes de bonne volonté, unissant dans les mêmes droits et dans la même charité ceux qui sont étrangers comme ceux qui appartiennent à Israël (...).

 

Nous n’avons aujourd’hui qu’à louer le langage élevé de M. le grand rabbin de Belgique  (Il a) la gravité et la science des anciens prêtres israélites, et il y mêle avec d’ingénieuses explications la largeur d’esprit et les affirmations généreuses de notre temps››.

Le grand rabbin fut ensuite reconduit à sa place et M. Moses, premier ministre officiant de Bruxelles, tenant un Séfer Torah, alla, au chant solennel de Schemah Israël, musique de M. Naumbourg, se placer sur l'Almémar. Le grand rabbin remonta alors en chaire afin de prononcer la prière pour le Roi, oraison précédée et suivie de chœurs et de soli chanté par Mesdames Bernardi, Cornélis-Servais et MM. Lévy et Lacroix.

 

Cette prière, encore prononcée aujourd’hui, comporte, au nom du Souverain près, les mots suivants : « ... De ta demeure sainte, ô Seigneur, regarde avec faveur, bénis et protège S.M. Léopold II roi des Belges et son auguste famille (Le chœur) : Amen.

Accrois de plus en plus la grandeur et la prospérité de la Belgique et qu‘elle jouisse sans cesse de la paix et de la tranquillité (Le chœur) : Amen. Que les rayons de ta lumière éclairent et guident le Chef de l’Etat et tous ceux qui lui prêtent leur concours  (Le chœur) : Amen».

 

«Les Livres de la LOI sont alors rentrés, note l’Echo de Bruxelles - nous entendons un chœur magnifique, la Prière pour la communauté, par M. Ed. Samuel. ».

Le solo est chanté par Mme Cornélis-Servais. La cérémonie se termine par l’alleluia et par un solo d’orgue  La sainteté du lieu a seule empêché (des) applaudissements bien mérités ».

Autant pour ce journal. L’Indépendance belge paraît, elle plus réservée : «La partie musicale, écrit-elle, a été assez inégale, non pas comme exécution...Mais dans cette musique sacrée, il y en avait qui tombaient dans de bien frivoles et vides élégances. Il est vrai que les temples catholiques nous font entendre parfois des refrains et des ariettes d’une étrange désinvolture. Il faut (cependant)  louer le talent d’organiste de M. Guilemant qui a dû remplacer à l’improviste les organistes trop craintivement catholiques de Bruxelles ».

La cérémonie s’acheva vers six heures. Un bal donné sans doute le lendemain soir à la Philharmonie clôtura en beauté les festivités.

 

Dix jours plus tard, le Consistoire recevait les congratulations de Léopold ll auquel, lors du bal, la communauté n’avait d’ailleurs pas manqué de porter un toast.

Quant au Président J. Oppenheim, il exprimait sa gratitude aux principaux artisans de l'œuvre et, en premier, au sénateur Montefiore-Lévy «pour les éminents services qu’il a rendus tant pour la construction que pour l’ameublement du nouveau temple, en ajoutant que si la Synagogue de la rue de la Régence fait l’admiration de tous les hommes compétents, c’est en grande partie au dévouement et aux efforts de M. Montefiore qu’est dû cet heureux résultat. De chaleureux remerciements sont votés à Monsieur Montefiore et il sera acté au procès-verbal qu’il a bien mérité de la Communauté Israélite de Bruxelles».

Et ensuite ?

Eh bien, presque sans transition, le Consistoire reprit le traitement des multiples «affaires courantes» modelant la vie quotidienne de toute communauté. Témoin le premier point qui, dans les registres, suit les félicitations du Roi : «Lettre du 18 septembre de M. Ed. L. d'Arlon faisant connaître qu'il ne se prêtera jamais à adresser chaque année aux Administrateurs de la Communauté une nouvelle supplique pour être reçu membre de la communauté ... ». Malgré les apparences, sans doute un signe de bon augure.