Le mot du Rabbin

YOM HASHOAH

 

 

Alors que nous sortons à peine de la fête de Pessa’h qui nous a rappelé la dure servitude endurée par notre peuple en Egypte, le calendrier nous bouscule et nous invite aujourd’hui, le 8 avril 2021, à nous souvenir de nos frères et sœurs morts en déportation lors de la Shoah.

 

Les années se succèdent et l’on craint que le devoir de mémoire ne devienne un mot convenu, simplement formel, perdant de vue l’impératif catégorique qui est le nôtre : honorer les victimes, chacune dans son identité personnelle et assurer le devoir de transmission aux générations suivantes.

 

Yom Hashoah a été institué par l’Etat d’Israël afin de commémorer le souvenir des victimes de la barbarie nazie mais aussi des actes de bravoure et de courage qui ont eu lieu durant la Seconde Guerre Mondiale.

 

En effet, les nations se souviennent de la Shoah à l’occasion de célébrations formelles telle que l’armistice du 8 mai 1945, la libération du camp d’Auschwitz, ou encore le débarquement allié ; mais aucun de ces évènements ne rappelle suffisamment la singularité irréductible de l’extermination des Juifs.

 

Voilà pourquoi, il nous appartient de veiller à honorer le souvenir de ces victimes et de continuer plus que jamais à nous mobiliser et à transmettre à nos enfants.

 

Car, que voulait Hitler et ses acolytes ? Ce que l'ennemi visait, c’étaient surtout les enfants et les petits enfants.

 

C'était son obsession.

En tuant les juifs vivants, il espérait empêcher les enfants de naître. Il savait à quel point, nous, juifs, sommes vulnérables quand il s'agit d'enfants.

 

Notre histoire commence avec Isaac, un enfant juif menacé et sauvé.

Elle continue avec un autre enfant juif condamné et sauvé, Moïse.

 

Tous nos ennemis, de Pharaon à Nabuchodonosor, Titus, Hamann, Hitler, voyaient en nos enfants leur cible principale. Car un enfant signifie plus que l'innocence. L'enfant signifie plus que la vie.

 

Il signifie la foi en la vie ainsi que sa justification.

 

Une histoire que j’aime rappeler.

Dans un hôpital new yorkais, il y avait une femme, rescapée des camps, qui passait ses journées au pavillon de la maternité pour s'occuper des nouveaux nés et de leurs mamans. Un jour, quelqu'un la suivit et la vit entrer dans une chambre pour surveiller le bébé pendant que la maman se rendait à une visite médicale.

La femme prit le bébé dans ses bras, le souleva très haut, comme pour le montrer à d'invisibles spectateurs :

 

" Regarde peuple juif, murmurait-elle, regarde donc, nous avons un nouvel enfant juif ".

 

C'est que pour elle, et pour chacun de nous, un enfant juif est plus qu'un enfant : tout enfant juif représente une réponse à la mort d'un million d'enfants juifs.

 

Aujourd'hui alors que nous nous souvenons du calvaire de notre peuple, je ne peux m'empêcher de voir dans mon esprit ces enfants marchant en silence comme recueillis sous des cieux distants et neutres, vers leur rencontre avec la mort.

 

La mémoire de ces enfants nous hante. Je les vois comme s'ils étaient encore en vie. Je les vois se rendant à l'école.

 

Je les vois parcourant les rues à la recherche d'un peu de chaleur, d'un bout de pain, d'un appel humain. Ils sont condamnés et il n’y a personne pour les sauver, personne pour les consoler. En effet, les victimes de la Shoah ont en effet ceci de particulier, outre l’horreur de l’extermination méthodique et systématique, qu’elles n’ont ni sépulture, ni Kaddich, ni identité.

 

Ces trois offenses ultimes nous obligent à tout entreprendre pour rendre aux victimes leur dignité. Elles n’ont certes pas de sépulture mais nous connaissons les noms de leurs cimetières : Auschwitz, Maidanek, Sobibor, Treblinka…

 

Les camps de concentration et d’extermination sont des lieux de mémoire incomparables qui permettent de prendre la mesure de l’horreur de l’extermination et de rendre hommage aux victimes en évitant la banalisation ou l’oubli de ces lieux.

 

Il appartient à chacun d’entre nous de nous y rendre au moins une fois. Elles n’ont pas eu de Kaddich lors de leur disparition, mais nous pouvons aujourd’hui ou encore ce Chabbath les honorer en récitant à leur mémoire dans toutes nos synagogues le Kaddich et le El Male Ra’hamim.

 

Enfin, le rappel des noms des victimes de la Shoah contribue à leur redonner un nom, un prénom, une identité. Le travail fait par Yad Vashem doit être salué, encouragé, accompagné. Redonner leur identité sur les lieux mêmes d’où on a voulu l’effacer doit aussi faire partie de notre impératif.

Cette journée du souvenir sera pour chacun d’entre nous également celle de la transmission et de la responsabilité.

 

Nous savons l’importance que notre tradition accorde à cette valeur, nous l’avons rappelé encore récemment à l’occasion de la lecture de la Haguada « Vehigadta lebin’ha » « Et tu raconteras à ton fils… ». A nous donc de prendre nos responsabilités pour faire en sorte que la mémoire de la Shoah soit une mémoire vivante.