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Le mot du Rabbin

 

S’attaquer aux morts est un acte de lâcheté sans pareille

 

Carte Blanche La libre - 27-11-2023

Cette semaine, 89 tombes du carré juif du cimetière de Marcinelle ont été dégradées et des objets et étoiles de David en bronze volés. Malheureusement, la profanation des cimetières est devenue un acte banal qui passe presque inaperçu.

 

Nous sommes à quelques jours de l'infâme Nuit de Cristal où le 9 novembre 1938, il y a soixante-quinze ans, au cours d'une seule nuit, deux cent soixante-sept synagogues ont été incendiées ou détruites sur le territoire de l'Allemagne hitlérienne. À ce nombre, se sont ajoutées des centaines de synagogues de l'Est européen et d'Europe occidentale qui n'ont pas échappé à la rage sacrilège, à la folie d'un monde sans Dieu, sans loi ni foi.

 

Les nazis ont procédé par étapes. Ils ont commencé par brûler des livres ; ils ont continué par brûler les synagogues et ils ont fini par brûler des hommes. Car le processus de destruction meurtrière produit sa propre dynamique, qui est démoniaque.

 

À quatre-vingts ans de distance, serions-nous en train d’assister au même processus destructeur ? Aujourd’hui on s’attaque aux cimetières. Et demain va-t-on brûler des hommes, des femmes et des enfants ? On oublie que, souvent, les petits débuts mènent à des fins vraiment terribles. Une fois que la haine n’est plus contrôlée, le chemin de la tragédie est court.

 

S’attaquer aux morts est un acte de lâcheté. Une lâcheté sans pareille parce que le destructeur sait que les morts ne vont pas se défendre. S’attaquer aux morts, c’est insulter la mémoire et dans le cas présent, on s’attaque à la mémoire du peuple juif.

 

S’attaquer aux morts, c’est s’en prendre à des victimes innocentes qui n’ont rien à voir avec ce que l’on vit aujourd’hui. S’attaquer aux morts, c’est blesser l’être humain dans ce qu’il a en lui de plus profond, de plus intime, dans ce qu’il a en lui de plus beau et de plus noble.

 

Je me souviens qu’en l’an 2000, lorsque des malfaiteurs avaient profané le cimetière de Carpentras, c’était le monde entier qui s’était indigné. Il y a eu, en Europe, de grandes marches pour dénoncer cet acte barbare. Aujourd’hui, malheureusement, la profanation des cimetières est devenue un acte banal. Un acte, certes, condamné et stigmatisé par les autorités communales, régionales et nationales. Mais, après ces paroles de réprobation, il faut se demander quelles mesures prendre pour empêcher les récidives. Et là, le chantier demeure immense.

 

Cinq fois plus de plaintes pour antisémitisme

C’est que, en Belgique comme en France, on constate depuis le 7 octobre plusieurs profanations de cimetières, surtout juifs. Le 15 novembre dernier, dix stèles juives ont été dégradées dans un cimetière militaire allemand dans l'Oise. Selon la Préfecture, ce cimetière « regroupe 1 903 sépultures chrétiennes et juives de soldats allemands ayant combattu durant la Première Guerre mondiale ».

 

Le parquet a ouvert une enquête pour « violation de sépulture ou monument initié à la mémoire des morts commise en raison de la race, l'ethnie, la nation, la religion ».

 

À la même date, plusieurs centaines de tombes ont été profanées au cimetière juif de Sarre-Union, dans l'est de la France.

 

Et, il y a quelques jours, 85 tombes du carré juif du cimetière de Marcinelle, ont été dégradées et des objets et étoiles de David en bronze arrachés. [Une enquête est en cours, mais au vu des premiers éléments de l'enquête, il s'agirait d'"un acte de nature antisémite" selon les autorités communales de Charleroi [NdlR.]

 

Depuis le déclenchement de la guerre entre Israël et le mouvement islamiste palestinien du Hamas, cinq fois plus de plaintes pour antisémitisme ont été déposées chez Unia, le service public indépendant de lutte contre la discrimination et la promotion de l’égalité des chances.

 

Lors d’une manifestation propalestinienne, un drapeau nazi et des drapeaux israéliens barrés ont été brandis, rapporte Alexander Bakker journaliste du Telegraaf.

 

L’Europe est malade. L’antisémitisme est un cancer qui ronge notre société et qui la mine de l’intérieur. Il ressemble à une maladie incurable qui resurgit après une période plus ou moins longue d’incubation. Un virus qui peut rester inactif de longues années, mais qui, lorsqu’il se réveille, semble à chaque fois plus violent, plus résistant aux antidotes, aux réactions.

 

Une maladie, contagieuse de surcroît, dont il semble que la société occidentale ne puisse guérir et qui peut prendre des formes diverses. Aujourd’hui en plus de l’antisémitisme traditionnel s’y rajoute un antisémitisme de gauche et d’extrême gauche, un négationnisme virulent, et un antisémitisme lié au conflit du Moyen-Orient exprimé à travers un antisionisme décomplexé.

 

L’antisémitisme menace certes la Communauté juive en particulier, mais il déstabilise aussi nos valeurs démocratiques et les droits humains pour lesquels chaque citoyen du monde doit se battre aujourd’hui plus que jamais.

 

Nous n’avons pas de choix. Nous devons conjuguer tous nos efforts pour arrêter cette hémorragie qui risque d’emporter avec elle toutes nos valeurs démocratiques.

 

Ce combat est le combat de tous et de toutes. Ensemble, nous réussirons.

 

Dans notre tradition, il y a un chant hassidique que dans le monde juif on aime répéter et que je souhaiterais que l’on adopte tous : « Le monde est un pont étroit qu’il faut traverser, l’essentiel est de ne pas avoir peur. »

Albert Guigui.JPG

S’attaquer aux morts est un acte de lâcheté sans pareille 

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